visitorline. Your guide to Moscow
- Date
- 03 Septembre 2010
- Time
- 7:58
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Pourquoi une femme russe entre dans une isba en flamme?
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<br>Victoria Tokarieva est russe, écrivain, dramaturge, et juste une femme pas ordinaire. Classique en vie, elle est une des plus vives représentation de la «littérature féminine» en Russie. Elle considère Tchékhov comme son professeur, sa maxime est «la brièveté est soeur du talent», la devise de son oeuvre : Tokarieva n’a pas de romans, que des nouvelles et des récits, mais lesquels!... Un écrivain a dit un jour: «si on diluait un peu les récits de Tokarieva, alors on obtiendrait un roman». Elle transpose le laconisme, la densité des mots dans la vie réelle. A ma demande de prendre une interview, Tokarieva a répondu: «D’accord. Demain, s’il vous plaît. – Et vous ne voulez pas d’abord voir le journal que je représente? - Il est pornographique? – Non – Il est antisémite? Oh, non! – Alors, il n’y a rien d’autre qui me dérange». Elle n’a vraiment rien à craindre. Elle n’est pas intéressante pour les amoureux de faits divers. Elle est protégée des calomnies et des lapsus par son autorité, son ouverture d’esprit et son intellectualité. Elle est intéressante car elle sait tout de la femme russe, et pourquoi elle est la seule, l’unique! <br><br> - <b>Victoria Samoïva, pourriez-vous décrire les traits caractéristiques à la littérature féminine, notamment en Russie?</b><br> - La nostalgie de l’idéal. De là vient toute la littérature féminine en général. Et il ne faut pas mettre à part la Russie. C’est de quoi parlent Françoise Sagan, Tatiana Tolstaya, Lioudmila Pétrouchevskaya, et moi. <br><br> - <b>Qu’est ce que ça veut dire, la nostalgie de l’idéal? </b><br> - C’est un couplet populaire, qui dit à peu près ça: «la tristesse – c’est la nostalgie qui me prend, parce que personne ne m’aime» . <br><br> - <b>Et on peut pas se battre contre?</b><br> - On se bat tous contre. <br><br> - <b>Comment?</b><br> - Avec la vie. <br><br> - <b>Et on gagne.</b><br> - Ça dépend. <br><br> - <b>Et les femmes russes ont plus ou moins de chance de gagner?</b><br> - Toutes les femmes du monde ont les mêmes chances de gagner? Ca dépend de la chance. Il y a un proverbe qui dit: «ne naît pas belle, naît heureuse». Tout sera selon la tournure que prendra le destin. <br><br> - <b>Le niveau d’émancipation ne joue aucun rôle?</b><br> - C’est ça. <br><br> - <b>Comment expliquer le rejaillissement de la prose féminine lors des dix dernières années dans notre pays?</b><br> - Je ne pense pas qu’il y est un rejaillissement. Il y a peu de femmes qui écrivent bien. Et nous n’allons pas de parler de celles qui écrivent mal. Il n’y a pas plus de cinq bons écrivains féminins en Russie. <br><br> - <b>Vous pouvez les nommer?</b><br> - Pétrouchevskaya, Oulitskaya, Marinina, Tolstaya et moi. <br><br> - <b>Est-ce qu’un écrivain peut gagner sa vie en Russie seulement grâce à ses livres?</b><br> - Oui. Mais il gagne moins qu’un écrivain à l’ouest. Chez nous, Alexandra Marinina a battu tous les records (auteur de détective, colonel de la police) en termes de gains- puisqu’elle écrit des détectives et qu’elle les écrit vraiment bien. Les détectives sont un genre spécial de la littérature, que Marinina connait bien, parce qu’elle connait la réalité. <br><br> - <b>Dans ce cas, que connaissez-vous?</b><br> - Les relations entre les gens. La psychologie des relations entre les représentants de sexe différents. <br><br> - <b>Et vous pensez qu’il y a une analogie à ce que vous faites à l’étranger?</b><br> - C’est à peu près ce qu’écrivait Françoise Sagan. Seulement plus long et monotone. Elle manque un peu d’humour. <br><br> - <b>Et encore?</b><br> - Je connais peu d’écrivains orientaux, de la même manière que peu d’entre eux me connaissent. On est rarement traduit, c’est pourquoi on ne peut pas se connaitre. <br><br> - <b>Vous ne pensez pas qu’il y aura une « intégration » de la littérature de différents pays?</b><br> - Je ne pense pas. En ce moment, il se passe une «ordinateurisation» des cervaux. Les jeunes gens partent sur Internet. C’est pourquoi, vraisemblablement, la littérature restera là où elle est, sans mouvement. <br><br> - <b>Et avant, elle bougeait?</b><br> - Dans notre pays, dans les années – 60-70-80 prenait une place importante dans les pensées. Elle remplaçait même des sciences comme la sociologie, parce qu’il n’existait pas de sociologie objective. Les gens cherchaient la vérité dans la littérature, c’est l’exemple assourdissant de Soljénitsine...Et maintenant, les gens vont sur Internet: ils y travaillent, ils s’y reposent, ils y font connaissance, ils s’y marient...La littérature ne mène plus les intelligences. Même dans notre pays, traditionnellement lecteur. Et on ne peut pas fuir ce mouvement. <br><br> - <b>On dit que la Russie connait une chute de la culture. Vous êtes d’accord?</b><br> - Non. Quand nous vivions à l’époque soviétique, et que nous n’avions pas d’argent, mais nous étions à peu près sûr de notre avenir (comme on disait, la pauvreté est assurée) – on vivait autrement. Maintenant, un canal s’est ouvert : c’est l’argent, et il est devenu évident que grâce à cet argent on peut obtenir beaucoup. Alors qu’avant il fallait cacher cet argent. Et de nos jours, regardez: les «nouveaux russes» foncent pour investir dans l’immobilier, les voitures, les pierres précieuses...Dans le flux de cet vague, les russes se sont mis à compter leur argent, comme les allemands. Et tout ce qui fait l ‘ «âme russe», son caractère, son ouverture, sa folie meure à petit feu. Et ce n’est pas une chute de la culture. J’apellerai plutôt ça une crise de la mentalité. <br><br> - <b>Et à quoi mène cette crise?</b><br> - Tout se formera comme à l’ouest, selon les normes occidentales! Les riches compteront leur argent, parce que l’on peut tout acheter avec, et les pauvres parce qu’ils n’en auront pas assez. <br><br> - <b>C’est quoi un intellectuel russe?</b><br> - Précisement russe? Je ne sais pas. J’ai beaucoup voyagé à l’ouest et j’ai compris que les plus en avance sont les allemands, ils rappellent beaucoup les russes. Parce qu’ils ont des cultures semblables. En réalité, le trait principal de l’intellectuel est la bienveillance. Et j’estime aussi la bonté. Quand une personne est bonne, même si elle est simple, elle est charmante. <br><br> - <b>Vous pouvez caractérisez les autres peuples en comparaison avec les russes?</b><br> - Je sais peu de choses des américains. J’aime beaucoup les allemands. Par exemple, si on se met d’accord avec un allemand, alors, un accord oral à pour lui autant de valeur qu’un acoord écrit. Ils sont très obligeants. Les français sont «super égoïstes». Ils ne diront jamais «non», parce que dire «non», c’est se stresser un peu. Et le français ne veut pas se stresser, il dit «Pourquoi pas?», alors il est occupé juste à s’éloigner du stress. C’est pourquoi ils sont très irresponsables, frivoles...Je n’éprouve une faiblesse qu’envers les allemands. Je me sent bien chez eux. Comfortablement. <br><br> - <b>Mais les allemands sont très différents... </b><br> - Si c’est un allemand en avance, alors il n’est pas très différent. Par exemple, mon éditeur est allemand, lui et sa femme ont tant fait sur le plan humain, ce que n’aurai pas fait une mère. Il est vrai que ma mère n’en a pas eu la possibilité. Ils m’ont donné beaucoup d’amour et de bonté. <br><br> - <b>Essayez de comparer les allemands et les russes.</b><br> - Les allemands sont habitués à travailler, ont besoin de travailler. Et en ça, ils sont proches des russes. Ils arrivent qu’ils soient raides, alors que les russes sont plus souples, ils peuvent se tourner de tous les côtés. Ce n’est pas pour rien qu’il y a souvent des bagarres aux mariages russes. Les russes chancèlent toujours entre agression et joie. Les allemands n’ont pas cet élasticité. <br><br> - <b>Et ils se battent aux mariages?</b><br> - On ne peut même pas en parler. J’ai vu comment se passent les fêtes dhez eux: on se réunit, on joue de l’accordéon, et on danse, tout est propre, agréable. Pour eux, c’est noemal, pour moi, c’est presque exotique. <br><br> - <b>Quels sont les traitsdes russes que, selon vous, les étrangers ne comprennent vraiment pas?</b><br> - Le besoin de boire tant que tu n’es pas tombé. <br><br> - <b>Quels sont les hommes russes en comparaison avec ceux de l’ouest?</b><br> - L’homme occidental, quand il quitte sa femme, se doit de l’entretenir. En général, il lui laisseun partie de sa fortune. C’est pourquoi les hommes de l’ouest réfléchissent si ils peuvent se permettre de divorcer. Nos hommes laissent leurs femmes vite et sans problèmes. Parce que nous n’avons pas les lois qu’il faut, et on en parle d’ailleurs très peu . <br><br> - <b>Au delà des nuances économiques du mariage, est ce qu’il y a des traits caractériels, des modèles de comportement des russes?</b><br> - Je crois que cela ne dépend pas vraiment de la nationalité. J’ai vu des hommes fantastique aussi bien ici que là-bas. Et le contraire, j’ai vu des hommes horribles et ici, et là-bas. Tout dépend de l’éducation, de la disquette intérieure. La seule exception, ce sont les japonais : ils réclament trop de travail domestiques de la part de leur femme. La femme japonaise ne fait que laver et astiquer. Traditionnellement, ce sont les femmes qui mettent de l’ordre en Russie, amis pas aussi fanatiquement qu’au Japon. Cependant, l’amour à la russe est différent des autres. <br><br> - <b>C’est quoi l’amour à la russe?</b><br> - C’est quand une femme se sacrifie. Souvenez-vous de ce que disait le poète : « Elle arrête un cheval au galop, elle entre dans une isba en feu ». Et on dirait bien, qu’est ce que c’est comme joie d’arrêter un cheval au galop, d’entrer dans une isba en feu... <br><br> - <b>Et pourquoi une femme russe fait tout ça?</b><br> - C’est très simple, l’homme ne le fait pas. La femme est génétiquement plus forte, elle prolonge la famille, la race. Et elle faite plus solidement, et plus belle, et elle vit plus longtemps. Les femmes russes ressentent très bien cela. Alors qu’un homme occidental ne pourrait jamais laissé entrer sa femme dans une isba en feu. <br><br> - <b>Et quel est donc la différence entre un homme russe et un homme de l’ouest?</b><br> - Le problème ne vient pas de l’homme, mais de la femme: une femme occidentale ne rentrerai jamais dans une isba en feu. Jamais de la vie! Et si son isba brûle, elle écrira une déclaration à la compagnie d’assurance. Et, après peu de temps, elle recevra de l’argent pour une nouvelle isba. Alors que si chez nous une isba brûle, c’est la fin. Personne, sauf une femme, n’essayera de faire quoi que ce soit pour sauver quelque chose.
L'?v?nement Date et heure:
03.04.2001Auteur:
Interview d’Oxana Serbinova
