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Dormir à Moscou, ce n`est pas donné

Dormir à Moscou, ce n`est pas donné

Quand Robert Jenkin, directeur d’une société d’immobilier brassant des dizaines de millions de dollars, pars en voyage à Tokyo, New York ou ailleurs, il descend dans un hôtel quatre-cinq étoiles. A Moscou en revanche, il se contente de louer un appartement, acceptant les entrées délabrées, les meubles soviétiques et les agences immobilières douteuses.

Le calcul est simple : si Jenkin (qui vit d’ailleurs à Sofia, en Bulgarie) séjourne à Moscou pour affaires pendant une semaine, l’hôtel lui revient à 5 mille dollars, tandis qu’un appartement lui coûtera 1,5 mille. « Dans les autres villes, ce n’est pas intéressant de louer un appartement, – explique-t-il. – Mais Moscou, c’est Moscou ».

A Moscou, les chambres d’hôtel sont les plus chères et les plus déficitaires du monde. Selon les informations du Hogg Robinson Group, qui travaille dans le service aux corporations, le prix moyen pour une nuit en hôtel à Moscou a augmenté de 93% depuis 2004. Selon les enquêtes de Hogg Robinson, le coût moyen d’une chambre d’hôtel business-classe à Moscou était de 540 dollars l’année dernière. Petite comparaison : il est de 384 dollars à New York.

Toutefois, si vous faites un simple tour d’horizon des hôtels du centre de Moscou, même ces 540 dollars vous paraîtront raisonnables. Vous trouverez beaucoup de chambres à mille dollars la nuit, voire plus cher encore. Au « Baltchoug-Kempinski », dont une partie des fenêtres donne sur le Kremlin, le prix minimal pour une nuit en semaine est de 1600 dollars, tandis qu’à l’Ararat Park Hyatt, l’hôtel préféré des stars, il est de 1300.

Le fait est que la demande dépasse de loin l’offre. En pleine période de boom économique, basé sur le commerce du pétrole, les prix de l’immobilier dans la capitale russe ont grimpé en flèche, l’inflation a augmenté et les riches sont devenus encore plus riches. Les énormes hôtels de l’époque soviétique ont été détruits, et avec eux des milliers de chambres d’hôtel à un prix raisonnable.

Les hommes d’affaires qui souhaitent garder leur dignité pendant leur séjour, n’ont plus qu’à essayer de négocier le prix de la chambre par le biais des corporations, de louer un appartement ou de choisir un hôtel loin du centre.

Une autre solution est de séjourner dans un hôtel de la chaîne Holiday Inn. Certes, ils restent plus chers à Moscou que dans d’autres villes : selon les dernières enquêtes, la chambre la moins chère dans l’Holiday Inn du centre ville coûterait 280 dollars la nuit. Les autres Holiday Inn sont loin du centre ville, donc faites attention lorsque vous réservez.

Pour le moment, le problème du prix des chambres d’hôtel est un phénomène qui ne touche que Moscou. A Saint-Pétersbourg, la principale destination touristique de Russie, le marché des hôtels est plus diversifié. Mais certains signes laissent à penser que les prix moscovites sont en train de « s’exporter ». Lorsque Saint-Pétersbourg a accueilli, au mois de juin, un important forum économique, de nombreux hôtels ont monté les prix, tout en exigeant que les clients séjournent au moins quatre jours d’affilée. A ce propos, le service anti-monopole est en train de mener une enquête.

A Moscou, les perspectives restent peu réconfortantes, puisque le nombre de voyageurs d’affaires continue d’augmenter. A une période où la croissance économique russe est de 6-8% par an, la ville fait office d’aimant pour les investisseurs étrangers. Certains s’intéressent au gaz et au pétrole, d’autres visent la modernisation des infrastructures soviétiques, d’autres enfin se concentrent sur la vente au détail, qui a attiré en Russie d’importantes chaînes telles que le suédois Ikea Group.

« Des délégations entières d’hommes d’affaires arrivent régulièrement du monde entier », – affirme Frank Schauff, directeur de l’Association de commerce européen. Il nous dresse la liste de tous les investisseurs qu’il a rencontrés la semaine passée, – dans les domaines de l’acier, de la communication, de l’industrie chimique et pharmaceutique... La plupart d’entre eux voyagent aux frais de leur société, donc ils ne font pas attention au prix de l’hôtel.

De plus, ces personnes veulent faire bonne impression. « Lorsque vous traitez un contrat de dizaines de millions de dollars, vous ne pouvez pas décemment descendre dans un hôtel miteux », – explique Stepan Meïret, le vice-président de la Jones Lang Lasalle Hotels, une société de consulting pour hôteliers et investisseurs dans le domaine de l’hôtel.

Simon Cooper, président du Ritz-Carlton Hotel Co. qui possède un hôtel à Moscou (où la chambre la moins chère coûte, selon les dernières enquêtes, 1300 dollars), affirme que cette hausse des prix favorise l’enrichissement personnel des russes. Selon une enquête, 74 milliardaires vivent actuellement à Moscou, ce qui signifie que le taux de richesse est plus élevé à Moscou qu’à New York. « La force de mouvement est justement le fait de payer autant », – affirme Cooper, expliquant que le Ritz's de Moscou accueille beaucoup d’hommes d’affaires provenant d’autres villes de Russie.

Le déficit de l’offre s’est accru avec la destruction de tous les hôtels construits durant le régime communiste. Certains d’entre eux (comme l’exécré hôtel « Intourist », aujourd’hui remplacé par le Ritz-Carlton) ont commencé une nouvelle vie en tant que temple du luxe. Cependant, nombreux sont ceux qui n’ont pas été remplacés. Le marché a perdu par exemple le gigantesque hôtel « Rossia », construit à l’époque soviétique près de la Place Rouge : avec ses trois mille chambres environ, il était le plus grand hôtel d’Europe. Or rien n’a encore été construit à sa place. L’hôtel « Moskva », que l’on peut voir sur les étiquettes de vodka « Stolitchnaya », a été détruit lui aussi. A sa place, on peut voir pour l’instant une image de l’ancien édifice avec un nouvel intérieur. Le « Moskva » doit rouvrir ses portes l’année prochaine sous la direction de Four Seasons Hotels & Resorts.

D’autres hôtels ferment leurs portes pour de longs travaux, puis ils doublent leurs prix. L’« Ukraina », un hôtel de mille chambres situé dans un gratte-ciel stalinien, est aujourd’hui fermé : ils sont en train de le transformer en hôtel cinq étoiles de style occidental. Il y a peu de chance qu’il propose toujours ses fameuses chambres à moins de 200 dollars, décrites comme « aménagées avec goût dans le style soviétique ».

L'?v?nement Date et heure:

12.08.2008

Auteur:

Andrew Osborn

Source:

The Wall Street Journal