- Date
- 03 Septembre 2010
- Time
- 8:23
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Une cabane paradisiaque avec toilettes
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Oasis de liberté et tentations amoureuses : la datcha est le sanctuaire des russes. Pas de tous, bien entendu. Les ennemis de la datcha s’opposent fermement à la tradition
Partir ou ne pas partir ? Cette question fondamentale divise les russes, tout au moins pendant la période estival. A Moscou, la ligne de confrontation passe par le périphérique, la frontière urbaine. Pour la plupart des russes, la perspective de se retrouver en ville pendant les vacances d’été est aussi insupportable qu’un mariage sans vodka. Et selon les sondages, 60% des citadins partent à la datcha. En revanche, les spécialistes de l’opinion publique ne nous expliquent pas pour quelles raisons les 40% qui restent agissent différemment : soit ils préfèrent effectivement leur appartement en ville, soit ils vivent déjà à la campagne, soit ils ne peuvent tout simplement pas se permettre de datcha.
Une datcha, ce n’est pas un simple lieu, c’est un mode de vie, nous explique Olga Vaïnchtein, spécialiste de la culture russe. Celui qui ignore la datcha doit régulièrement faire face à de nombreuses critiques. Il semble que les amateurs de datcha divisent la vie en deux catégories : les « datchniks » et les « non datchniks ». Les ennemis de la datcha, comme moi par exemple, réagissent cyniquement aux accusations : « Quel est l’intérêt, tous les vendredis et samedis, de faire la tortue pendant des heures dans les bouchons, de respirer les gaz d’échappement, pour une seule journée de plein air à la datcha ? »
Cependant, les fans de datcha sont au-dessus de ce sacrilège. Et ils ont la tradition avec eux. Tchekhov lui-même, dans ses romans, plaçait la datcha sur un piédestal.
Et pour de nombreux russes, la datcha est liée au premier amour, aux baisers dans les buissons, à toutes ces petites choses qui magnifient les courts séjours à la campagne. Plus ou moins loin de la ville - une datcha peut se situer entre un et mille kilomètres – le « datchnik » se purifie de la civilisation urbaine. Du bruit permanent de la ville, du paysage des gratte-ciel, des heures de pointe dans le métro, des bousculades dans la rue. La datcha, c’est un monde à part entière, c’est la liberté, l’individualisme à taille humaine. La datcha, c’est la possibilité de se reposer, un hamac, le thé en terrasse, les interminables discussions, les promenades et les longues nuits arrosées de vin et de vodka.
Des enclos de forteresse
A la différence de l’occident, au moins à l’époque, les terrains des datchas n’avaient aucune clôture, le sens de la propriété apparaissait chez les gens de façon rudimentaire, et tout le monde descendait à la rivière en traversant le terrain du voisin. Aujourd’hui, certaines datchas sont plus clôturées que la forteresse de Fort Knox, tandis que l’ancienne tradition persiste fermement : pas besoin d’invitation pour aller boire le thé ou le café chez le voisin avec ses amis, même si on le connaît à peine. Les anniversaires et les autres fêtes sont souvent fêtés en grande compagnie, parfois en allant de datcha en datcha, telle une véritable odyssée.
C’est pour tout cela que je supporte régulièrement les bouchons, pour rejoindre la campagne vierge. J’essaie généralement d’éviter les embouteillages, en partant en pleine nuit ou tôt le matin. Mais pour le moment, mes tentatives de gagner du temps se sont toujours soldées par un échec. Et une gueule de bois.
Seul un étranger comme moi peut penser à tous ces inconvénients, comme les toilettes à l’autre bout du jardin, les piqures de moustiques ou le seau d’eau froide en guise de douche, tandis que le maître de maison joue de la guitare ou prépare le sauna. Dans ces moments-là, même le plus irréductible partisan de la civilisation montrera des signes de faiblesse. Est-ce un crime ? D’autant plus que les datchas présentent un avantage certain même pour ceux qui n’y vont jamais : elles libèrent Moscou de la foule pendant les mois d’été, la rendant plus praticable. Le rêve moscovite estival. N’est-ce pas une raison suffisante pour que nous, les véritables urbanistes, commencions à vraiment apprécier la datcha ?
L'?v?nement Date et heure:
26.08.2008Auteur:
Boris RaitchusterSource:
Bunte
