- Date
- 03 Septembre 2010
- Time
- 8:14
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John Rankin Waddell
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John Rankin Waddell, ou simplement Rankin, est un photographe anglais, éditeur et metteur en scène. Son portfolio contient les photos d’Elisabeth II, Tony Blair, les Rolling Stones, U2, Arnold Schwarzenegger, Kate Moss, Naomi Campbell, Leonardo Di Caprio … Parmi ses projets, on trouve la revue et la chaîne numérique Dazed & Confused. Son premier long métrage, « The Lives of the Saints », reçut le premier prix du jury au Festival de Salento. Il a publié plusieurs livres, le dernier d’entre eux étant « Beautifull», qui parle des femmes les plus célèbres du monde et de leur beauté. Rankin ne se répète pas et n’entre dans aucun moule. Ses œuvres sont intimes, délicates, pleines d’esprit et paradoxales.
Vous considérez-vous comme un photographe de l’épate ?
Beaucoup de gens trouvent mon travail provocateur. Et c’est sûrement vrai. Mais mon but n’est pas de choquer par le biais de mes photos. Mon but est d’être créatif, de réaliser des œuvres qui puissent me toucher et m’intéresser.
Selon vous, quelles sont les œuvres d’art qui possèdent une incroyable force ?
J’aime de nombreux genres artistiques. Les expériences historiques de différents types ont une grande influence sur moi et sur ma façon de photographier. Je me rappelle avoir vu dans un livre des reproductions de Caravaggio, et combien elles m’ont frappé. Ensuite, j’ai vu un vrai Caravaggio, et je n’ai rien ressenti. La première fois que j’ai vu l’œuvre de Damien Hirst, « Àway from the flock », ça m’a bouleversé. J’ai alors compris que la photographie doit être simple, qu’il ne faut pas photographier pour les intellectuels mais les pour les gens qui pourront voir et comprendre.
Et comment peut-on ce qui est de l’art et ce qui ne l’est pas ?
Je pense que dès lors que l’on accroche quelque chose au mur, c’est déjà une œuvre d’art.
Vous photographiez les gens selon une image qui leur est familière, ou bien vous essayez d’obtenir quelque chose d’eux-mêmes qui leur est inconnu ?
Il y a une idée dont je voudrais vous faire part. Certes, elle ne répond pas tout à fait à votre question, mais j’ai tout de même envie de l’exprimer. Et ensuite, je vous promets d’essayer de vous répondre. De per leur essence, les photographies sont fausses. Bien sûr, elles proviennent de quelque chose de réel, mais il s’agit toujours d’une création artificielle. Une non réalité. Une histoire fictive. Je sais à priori que je mens, mais je m’efforce toujours de le faire le plus honnêtement possible. Maintenant, je vais essayer de répondre plus concrètement à votre question. Il y a deux catégories de personnes : celles qui se laissent observer, qui vous laissent chercher en elles quelque chose de nouveau, et celles qui veulent simplement être belles. En fait, le résultat dépend des désirs du personnage photographié. Je n’exerce pas de pression et je n’impose rien. Je ne suis pas un artiste, je suis photographe. C’est un métier. Mais je ne ressens pas ça comme une contradiction. D’un côté, je suis très fier de voir que n’importe quel mannequin peut être beau sur mes photos – je suis fasciné par le monde de la mode et par les capacités actuelles de la photographie. Et d’un autre côté, je déteste tout cela. Les belles photos m’horripilent et me déçoivent, car je comprends parfaitement à quel point tout cela manque de profondeur.
Un photographe doit-il être psychologue ?
Dans un certain sens, nous le sommes un peu. Souvent, pendant les séances photo, les gens se mettent à me raconter des choses qu’ils avouent ensuite n’avoir jamais raconté à personne, même à leur meilleur ami. Je ne sais pas comment cela se passe avec les autres photographes, mais en ce qui me concerne, j’apprends vraiment beaucoup des gens que je photographie, et je leur parle également de ma vie. Par contre, je pense que les véritables psychologues ne se comportent pas comme ça...
Les portraits que vous faites des autres sont-ils en quelque sorte des autoportraits ?
Mes photographies sont comme un journal intime. Un livre qui décrit ma vie. Mais dans lequel je ne suis pas … Effectivement, j’ai l’impression que mes dernières œuvres parlent de plus en plus de moi. Je me vois dans les portraits que je fais des autres, car ils contiennent ma vision de leur nature. Lorsque l’on essaie de voir sa propre image dans des photos qui représentent quelqu’un d’autre, on se trouve parfait ! Mais cela arrive uniquement quand on met toute sa force intérieure, tout son talent dans la photo. Parfois, on ne fait que placer correctement la lumière tandis que le modèle pose comme il faut. On place l’appareil photo, on appuie sur le bouton, bref, on fait son métier. Le contenu des photos prises dans ces conditions n’a rien à voir avec ma personne, mon intimité.
D’ailleurs, lequel de vos projets considérez-vous le plus réussi ?
Le fait d’être devenu papa.
* La première exposition de Rankin en Russie, « Visually Hungry », a eu lieu dans le cadre de la « Fotobiennale-2008 »
Auteur:
Ouliana LemelekhesSource:
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